Suivre son étoile. Trois questions à Máté Bella, compositeur.

Máté, Pouvez-vous nous dire quelques mots d’ Hesperus, votre nouvelle œuvre, commandée par l’EIC ?

Dans la mythologie grecque, le nom « Hesperus » se réfère à l’étoile du berger, qui n’est autre que la planète Venus, qui apparaît en premier dans le ciel après le coucher du soleil. La pièce a principalement recours à des dynamiques douces et à un rythme rapide, presque mécanique. Voilà un moment que mes préoccupations compositionnelles m’amènent à composer des processus musicaux longs et lents, qui progressent graduellement d’éléments quasi-bruités vers des sons, ou à l’inverse du son vers le bruit. L’esprit de cette pièce est de façonner un monde sonore au sein duquel l’auditeur peut contempler une étoile scintillante dans le ciel nocturne.

Hesperus est une création pour alto et ensemble. Comment traitez-vous la dimension concertante?

J’ai choisi l’instrumentation pour créer des sons qui sont à la fois doux et soyeux, comme si j’étais en train de couvrir une large toile d’aquarelle de diverses couleurs. Le solo d’alto émerge de ce tapis de timbres avec des mélodies lyriques ou dramatiques. Cette pièce a également été l’occasion d’une expérience : celle de générer des sons de manière indéterminée à l’aide d’une notation métrique. Ainsi, la rythme ne s’appuie pas sur une pulsation au sens classique du terme, les indications de mesure sont là principalement pour aider à la synchronisation des interprètes.

Vous composez également des musiques de scène, de films et même de la musique Pop.  Pourquoi cela ? 

La musique pop est en effet l’un des éléments de mon mix musical. J’aspire à apprendre de tout ce qui peut élargir mon horizon musical. C’est la raison pour laquelle je compose des musiques de film, du théâtre musical, des comédies musicales, des opéras et même de la Pop en effet. C’est un genre musical difficile, puisqu’on n’a que quelques petites minutes pour exprimer son intention. J’ai lu récemment une enquête qui concluait que l’auditeur lambda sur Spotify n’écoute en moyenne que 8 secondes d’une chanson. Si la chanson ne le touche pas dans ce très bref délai, il passe à la suivante. C’est un vrai challenge et cela m’a donné résolument envie de m’y essayer avec la même exigence que pour mes autres compositions.